Récemment, une amie fidèle lectrice m’interpellait, me faisant part de son étonnement quant à mon silence sur le sujet Covid. Celui-ci occupe pourtant le devant de la scène depuis bientôt deux ans. Alors je me décide. Oui, Marion a bel et bien usé sa plume sur le sujet, mais n’avait, par pudeur, peur de déranger, de lasser sur un sujet largement ressassé, pas osé publier. Voici donc venu le temps de réparer.
Oui, je vais vous en parler, moi aussi. Pas du Covid directement. Mais de ses dérivés. Le masque par exemple. Au moins pour commencer. Vous n’y trouverez pas sujet à polémique. Même si bien sûr je ne le supporte plus. M’y étouffe gorge desséchée. M’en dégoûte par sa gestion oubliée des déchets souillés. Mais qu’importe, puisque l’heure n’est pas au débat.

En effet, étant donné que nous sommes tous condamnés à le porter, je me suis dit qu’il pourrait finalement être intéressant d’en explorer les aspects oubliés. Oui, c’est ainsi, j’ai toujours préféré considérer le verre à moitié plein, plutôt que celui à moitié vide. Donc, quels pourraient bien être les avantages à vivre bâillonné ?… Euh pardon, je voulais dire masqué ?
Le premier que je vois, est une forme de généralisation à peine voilée de l’hypocrisie. Fatigué par le n-ième récits de week-end de votre collègue de bureau ? Plus besoin de serrer les dents pour retenir votre petit bâillement. Masque sur le nez, vous voilà bien caché. Agacé par les remarques répétées de votre belle-mère sur la façon d’élever vos enfants ? Tiens, petite grimace derrière mon masque. Sur fond de faux sourire approbateur, à ce niveau, les yeux ne marquent aucune différence et restent rieurs.
Quant au second, je dirais qu’il offre de sérieuses et précieuses alternatives aux adeptes du « pour vivre heureux, vivons cachés ». Vous voilà défiguré par un vilain bouton de fièvre ? Qu’à cela ne tienne, masque déployé, visage à moitié voilé, personne ne viendra vous enquiquiner sur le sujet. Vous avez passé une mauvaise nuit, et n’avez nulle envie de sourire à tout va ? Votre masque s’avère votre meilleur allié pour passer une journée grognon à discrétion. Non vraiment, quand on y réfléchit, le masque offre tout de même quelques avantages.
Cependant, j’ai récemment dû revoir mon jugement. L’incident est survenu la semaine dernière lorsqu’un de mes collègues s’est présenté à la porte de mon bureau, à la fois masqué et encapuchonné. Qui plus est en harmonies de noir, imaginez le tout. Pour sa défense, il faisait franchement frais et la bise s’était même levée. Mais tout de même. L’espace d’un instant, je ne saurais vous dire ce que j’ai cru y voir: image de la mort, rodant – bien que sans faux pourtant-? ou celle d’un brigand, le masque ayant remplacé le collant, prêt au hold-up? Cela vous fait peut-être rire, mais moi sur le moment, j’ai réellement dû bondir.
Alors je me m’interroge… De notre résignation ou de notre trop facile capacité d’adaptation, que pourra-t-on tirer de bon ? Vouloir simplement respirer puisque l’on nous recommande d’aérer représente-t-il vraiment un danger ?
Oui voilà c’est dit. Je préfère la vie sans masque. Et tant pis pour le collègue, la belle-mère et les boutons, dont il faudra à nouveau assumer l’existence.

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