Alors là, c’est le pompon ! J’ai toujours su et accepté de payer un peu plus cher chez les commerçants pour toutes les bonnes raisons que l’on connaît : proximité, conseil, service, etc. Mais là, tout de même. Je n’ai pas payé deux, ni trois, ni même cinq mais littéralement dix fois plus cher! Bien sûr, vous devez vous demander de quel type d’article il s’agit pour que moi, Marion, acheteuse professionnelle et consommatrice avertie, j’aie pu accepter de me laisser aller à une telle hérésie. Eh bien, de feuilles de laurier.
Voui… J’aime beaucoup les feuilles de laurier et les utilise fréquemment en cuisine : cuisson du riz, bouillon, viande en sauce, ratatouille… Jusque là, je n’avais encore jamais eu de problème d’approvisionnement, procédant annuellement à une simple cueillette, dans le jardin de ma maison d’enfance, chez mon papa. Mais celle-ci se trouvant en Ardèche (France) et les déplacements étant depuis quelques temps fortement limités (mesures coronavirus truc muche), je suis tombée en rupture. Il a donc fallu me résoudre à aller en acheter. Sans avoir eu le temps de me poser la question ni du où ni du comment, une sortie en ville m’a fortuitement conduite devant une échoppe d’épices et de saveurs. Hum… Rien qu’aux odeurs qui en émanaient, mélange de curry, safran et autres délices d’orient, impossible de résister. Je suis entrée.
« Bonjour, j’aurais besoins de feuilles de lauriers, j’imagine que je peux trouver cela ici ?
– Bien sûr, laurier provençal ou… ( je ne me souviens même plus, de quelle autre contrée lointaine, une alternative fût alors citée).
– Provençal.
En mon fort intérieur, je ne vois vraiment pas pourquoi favoriser une provenance si lointaine et exotique pour quelque chose qui, pour une fois, pousse dans nos contrées, ou en tout cas pas trop loin. Et puis avouons-le, la Provence, il n’y a qu’à l’évoquer pour se mettre déjà à rêver et croire entendre les cigales chanter…
– 10 grammes ? (fin du rêve et retour à la réalité)
– Euh oui, je ne me rends pas bien compte de ce que cela représente…
– Déjà une bonne quantité, me rassure le vendeur.
– D’accord, ok.
Une pensée plus tard… (incroyable la vitesse à laquelle de simples odeurs peuvent vous transporter) :
– 7 francs s’il vous plait. Vous fallait-il autre chose ?
Je serai bien repartie avec une dizaine d’autres mélanges aux promesses exquises, mais mon placard à épices ne l’aurait pas supporté :
– Non merci, c’est tout ce qu’il me fallait. Au revoir et bonne journée. «
Chemin faisant et réflexion mûrissant, chf 7.- tout de même ! Mais qu’importe, je suis convaincue que l’expérience visuelle et olfactive vécue pendant ces quelques minutes en valait bien la peine.
Enfin… jusqu’à ce que, une semaine plus tard, ma mission hebdomadaire de ravitaillement du frigidaire, me conduise à la Migros et plus précisément au rayon épices et condiments. Voilà que je tombe sur un sachet de feuilles de laurier. 20 grammes à… Attendez… Je dois m’y reprendre à deux fois pour lire l’étiquette et m’assurer que je ne me trompe pas : non, c’est bien cela, 70 centimes.
Je suis soudainement envahie par un étrange mélange de sentiments et les questions se bousculent. Est-il possible que je me sois à ce point faite arnaquer? Sentiment toujours fort désagréable, mêlant faiblesse et culpabilité. Ou bien ai-je eu raison d’écouter mes impulsions et de favoriser le commerce local ? Et finalement, si cela était à refaire, où irai-je acheter mes feuilles de laurier ?
Décidément, ce n’est pas si facile d’être une consommatrice libérée. Mais il n’y a vraiment pas de quoi culpabiliser. Être une consommatrice éclairée, cela mérite parfois une couronne de laurier.

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