Produire local, acheter local, consommer local… S’en convaincre, on y arrive. Disons que la démarche intellectuelle est assez simple et, il suffit de regarder un ou deux reportages sur les conditions de travail des enfants dans les pays en voie de développement pour se jurer que résolument, non, on n’achètera plus de t-shirt made in Bangladesh, ni de basket made in China . Et pourtant…
Car malheureusement, côté textile et habillement, nous fonctionnons tous de la même manière, c’est-à-dire davantage au coup de cœur qu’à coups de conscience. D’ailleurs, ça ne se dit pas « coup de conscience « . Tenez, allez convaincre votre ado que: « Si si, ces baskets made in EU sont vachement sympa, bien plus originales que les nouvelles Nike Air truc bidules. Allez mon chéri regarde, en plus elles sont fabriquées en caoutchouc naturel ! ».
Le local, c’est donc plus facile si on s’intéresse à la partie alimentaire. Choisir des carottes « de la région « , se refuser à consommer du raisin en avril et des fraises en février, parce qu’ils proviennent respectivement du Chili et du Maroc, oui, ça on peut y arriver. Finalement, on ne se prive de rien, cela demande seulement de réapprendre à vivre avec les saisons et ce qu’elles ont à nous offrir.
Mais que fait-on côté bananes et ananas ? Parce que ça, quoi qu’il en soit, ça ne pousse pas en Suisse, même pas en Europe, alors… Arrêter d’en consommer ? Inimaginable. Pour deux raisons. La première est évidemment économique et sociale : si nous n’achetons plus de bananes, nous priverons de revenu ceux qui les cultivent ainsi que leur famille. Quant à la deuxième, simple question de survie. Qu’adviendrait-il en effet des mamans confrontées aux invectives de leurs enfants ?
« Maman, pourquoi y’a plus d’bananes ?
– Je n’en ai pas acheté.
– Ben pourquoi?
– Tu sais mon amour, les bananes …
– Mais je veux une banane !
– Aller, ne m’embête pas, tu n’as qu’à prendre une pomme
– J’aime pas les pommes, j’veux une banane!! »
… et on imagine la suite. Alors que faire ? Que faire pour bien faire ? Vous rendez-vous compte du casse-tête philanthropo-écolo-social que vivent les mères de familles ? Du local, de l’éthique, de l’équilibré et si possible, pas trop mauvais. Et bien finalement, quelle chance de vivre en Suisse. Ses lacs, ses montagnes, mais surtout ses grands groupes pharmaceutiques. Antidépresseurs et somnifères… Il est possible de consommer local. Le made in Swiss est garantit. J’ai enfin la conscience tranquille.
Rédigée dans sa version originale le 25 août 2020

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