
Ça alors ! Saviez-vous qu’il existe une édition du Petit Prince en « Bolze (Dialecte de Fribourg, Suisse) »? C’est écrit ainsi sur la couverture. Bien entendu lorsque l’on remet cela en perspective, il ne reste pas grand chose d’étonnant. 130 éditions, entendez par là traductions, de l’Alemannisch au Zeneize, en passant bien évidemment par toute une série d’autres dialectes tout aussi improbables, voire imprononçables. Alors pourquoi pas le Bolze. Tout de même surprenant… moi qui ai toujours pensé qu’un dialecte, patois local, ne pouvait exister que de façon orale. Ni une ni deux, direction la Kanisiusbuchhandlung pour m’en procurer un exemplaire. Je dois absolument voir cela de plus près.
Avertissements. Ce qui va suivre pourrait heurter la sensibilité des âmes indigènes.
Le bolze est un dialecte bilingue -ça c’est déjà fort- de surcroît français/suisse-allemand. On commence à mesurer l’ampleur du désarroi de celui ou celle qui tente de s’y intéresser sans y être tombé dedans dès sa plus tendre enfance. Car le suisse-allemand, c’est quelque chose, même pour une personne ayant assidument appris le Hoch Deutsch sur les bancs de l’école. Alors le Bolze ! Comment est-il possible d’appréhender un langage qui se veut bilingue ? Non mais vraiment, ça veut aller ou bien ! (Locution typiquement fribourgeoise).
Enfin cela a au moins le mérite de retenir l’attention et d’attirer les personnes curieuses voire désireuses de mieux « vivre » Fribourg. Je persévère. Curieuse par nature, j’entrouvre le livre.
Je m’y casse le nez, les yeux et la mâchoire. J’en suis aujourd’hui convaincue. Un dialecte ne s’écrit pas. D’ailleurs, nous sommes prévenus, « pour décortiquer le texte, le plus simple est de le lire à haute voix ». C’est pire que l’idée que l’on se fait du tchèque ou du slovaque. Sans compter que l’on ne sait finalement jamais si l’on doit y chercher une source francophone ou germanophone :
« Syl wu ple… Tue mier as Mutong ziichne ! »
Un doux mélange d’idéographie et de phonétique qui se complique drastiquement lorsqu’il s’agit d’aligner la prononciation de 5 consonnes consécutives : De Pety Präingjss. Littéralement déroutant. De quoi en décourager plus d’un. Mais finalement, on se laisse prendre au jeu. Chacun s’essaye à décortiquer un passage. Le Petit prince a cela d’universel.
Forte de cette expérience, j’aurais été curieuse de voir comment Hergé aurait invité Tintin chez les Bolzes. A défaut, j’ai soudainement envie de me replonger dans mon viel « Astérix chez les Helvètes ».
Allez, tchô bonne !
Rédigée dans sa version originale le 5 septembre 2020

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