#rituel

7 :23…  et m….. encore une fois, vous avez oublié de mettre votre réveil. Ou pire, vous l’avez mis, il a sonné, mais, vous vous êtes rendormi. Le bus, celui que vous n’aimeriez vraiment pas rater, faute de quoi, c’est votre train que vous manqueriez, passe à 35. Vous avez donc exactement 12 minutes pour vous raser, respectivement vous maquiller, vous brosser les dents, enfiler votre chemise et piquer un sprint jusqu’à l’arrêt.

Bien sûr, quelques années plus tôt, ce genre d’exercice vous était coutumier, et vous excelliez dans le lever last-minute. Mais aujourd’hui, la quarantaine passée, c’est bien le genre d’activité dont vous vous passeriez, vous qui le matin, appréciez désormais tellement prendre le temps de déguster votre café tout en lisant le journal.

Mais voilà, pour ce matin, c’est raté.

7 :45  le bus déverse ses passagers sur le trottoir face à la gare. 11 minutes, le temps dont vous disposez avant l’arrivée de votre train. Parfait, largement suffisant pour attraper un café et un inimitable croissant Cailler. Bon, évidemment à cette heure-ci, c’est un peu le rush, vous n’êtes pas le seul à devoir vous ravitailler avant la prochaine étape.

café à l'emporter fumant avec croissant dans emballage papier
Ultime récompense…

Crissement strident au-dessus de votre tête. Un train entre en gare. Zut, déjà. Heureusement c’est votre tour. Café, croissant, « c’est bon vous pouvez garder la monnaie », et nouveau sprint vers le quai. Votre café arrivera-t-il entier ? Dernière difficulté, petite ascension, vous y êtes. Place en vue, votre futur compagnon de voyage vous regarde arriver. Café dans une main, cornet avec croissant coincé entre les dents vous en êtes désormais à tenter de retirer votre veste, sans renverser, ce qu’il vous reste de café. Voilà… c’est fait. Assis confortablement et au chaud dans le train. Votre voisin de fortune vous cède un peu de place sur la tablette que vous partagez. Enfin, vous déposez votre café qui malgré son gobelet isotherme, commençait sérieusement à vous brûler les doigts.

Certes, ce n’est pas l’ambiance ouatée du domicile, mais l’atmosphère est bonne et d’un instant à l’autre, vous allez trouver consolation dans votre croissant au chocolat, alors… Déballage quasi rituel. Vous fermez les yeux et hum…, croquez à pleines dents dans votre savoureuse viennoiserie qui… ah… pouah… mais qu’est-ce que… arghhhh… Vote voisin vous observe interloqué et amusé. Vous avez, le plus discrètement possible, recraché votre morceau de croissant au fond de son cornet, et refermé ce dernier tel un charnier. Le regard de votre ami de voyage vous interroge « tout va bien ? » et comme pour exorciser le sort, vous vous sentez obligé de déclarer : « c’est un croissant au jambon ! ».

Ah oui, croquer dans un croissant au jambon alors que l’eau nous montait déjà à la bouche depuis plusieurs minutes à la seule idée de savourer un croissant au chocolat, forcément, cela a de quoi décevoir. Et davantage encore lorsque la charcuterie n’est pas inscrite au rayon de nos habitudes alimentaires du petit déjeuner.

On imagine bien cette déception, toujours à la hauteur de l’idée réjouissante que l’on s’était faite d’un évènement, aussi mineur puisse-t-il paraître. Alors courage, demain tout ira bien. Et la prochaine fois, ne cherchez pas à forcer le destin: restez couché .

Rédigée dans sa version originale le 3 janvier 2021.

Une réponse à « #rituel »

  1. la superbe narration de ces faits est tellement vraie, c’est alors qu’on apprécie la retraite

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