Quel bonheur ! Depuis plusieurs semaines, des échafaudages encerclent l’immeuble dans lequel je travaille. Et bien évidemment, à peu de choses près, les horaires des ouvriers coïncident avec ceux des gens de bureau.
Nous avons donc commencé par une semaine de cliquetis métalliques, le temps de voir cette forteresse d’acier se dresser devant nos fenêtres. Puis s’en est suivi une semaine de marteau piqueur. Non, en fait ce n’étaient pas vraiment des marteaux piqueurs. Je crois que les ouvriers effectuaient seulement un ravalement de façade. Probablement à coup de jet d’eau à haute pression. Mais qu’importe. Le bruit en était tout aussi assourdissant et désagréable. Vous voyez ce bruit vibrant, un peu le même que lorsque vous êtes chez le dentiste et que ce dernier utilise la fraise… oui, celui-là… pas vraiment sympa, hein ? Et bien c’est avec cela que nous avons été bercés une semaine durant.

Puis s‘en est suivi le marteau piqueur, le vrai, lorsqu’ils ont souhaité agrandir une fenêtre. A priori, ils ont du tomber sur un os. Ou plus probablement une tige de ferraille armant le béton. Car cela a duré toute la matinée. Je suis sortie coiffée d’une migraine. Rentrée épuisée.
Entre deux, nous avons également eu droit à la coupure d’eau, qui soit dit en passant dure depuis 3 semaines. Cela nous oblige à remplir les toilettes à coup de seaux d’eau qu’un voisin nous autorise à venir gentiment prélever chez lui. Imaginez les jours d’affluence !
Et puis, il y a ce ballet d’ouvriers, devant ma fenêtre. Selon l’étage de l’échafaudage sur lequel ils se déplacent je ne vois passer que leur tête, ou seulement leurs jambes… et oui, bon d’accord, leurs fesses. Cela vous fait rire ? Oui, la première fois on en sourit. La suivante, on abaisse les stores. L’impression de se retrouver en vitrine et de se sentir observer m’a tout même quelque peu dérangé.
Cependant, si l’on peut s’isoler visuellement, difficile de le faire au niveau sonore. Et de fait, depuis plusieurs semaines, je suis bercée par quelques sérénades. Oui enfin, rien à voir avec Roméo au balcon de Juliette. Quand bien même on peut relever des tentatives de vocalises, les paroles sont un peu moins fleur bleue. Imaginez, sur un air de « O sole mio », les paroles suivantes: « maa quelaaaaa merda, maaaaa quela merdaaaaa ! » Mais saluons tout de même l’effort musical.
A part cela, on peut également mentionner le trou béant, devant la porte d’entrée que l’on pourrait qualifier de douves les jours de pluie. Le nuage de poussière que l’on respire à plein nez lorsqu’ils ont besoin de meuler le parvis. Et pour finir par une note plus poétique, ces morceaux d’isolant qui voltigent dans les airs tels de véritables flocons de neige et viennent se déposer délicatement sur vos cheveux…
Peut-être suis-je trop vieux jeu. Finalement, qu’est-ce que j’attends moi pour ouvrir mes stores? N’y découvrirais-je pas quelques beaux torses d’Apollon ? Hum, non raté, nous sommes en plein mois de novembre et malgré quelques pics de température quasi estivaux [ndlr. Année 2020], nos Don Juan ne semblent pas éprouver le besoin de se dévêtir.
Bon, qu’à cela ne tienne, je retourne à mon clavier. D’ici quelques semaines et après quelques coups de taloche, la façade sera terminée, les échafaudages repliés et le calme retrouvé.
Au revoir amis ouvriers. Finalement, nous avions fini par nous habituer. Nous à votre présence et vous à nos délicats cafés, sur le rebord de la fenêtre déposés. Les jours de vent et ceux de pluie, croyez bien que nous étions de tout cœur avec vous, nous, les gens de bureau, assis bien au chaud dans nos locaux.

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