« A l’impossible, nul n’est tenu. » Et pourtant… en cette période de pandémie, où les masques sont devenus des accessoires de notre quotidien, les choses se corsent.
Mais commençons par le commencement. Les avez-vous vu ces cyclistes qui déambulent dans les supermarchés, voir même à la sortie de l’école ou de la crèche, avec leur casque vissé sur la tête ? Ridicules. Oui c’est bien ce que je pense aussi. J’ai d’ailleurs fini par en conclure qu’il devait s’agir d’un comportement purement masculin. La femme, trop sensible à son image, ne se rabaissant pas à ce genre d’exercice. Pourtant, vous me connaissez à présent, l’idée d’en faire autant ma soudain titillé. En quête permanente d’optimisation de mon temps et de solutions de facilité, je me suis laissée tenter.
Première session, à la crèche justement. Lorsque je franchis le pas de porte, je me sens immédiatement ridicule. Mais le ridicule ne tue pas. Évidemment la sanction tombe, immédiate et cinglante : « Maman, pourquoi tu as gardé ton casque ? ». Balbutiements… « Euh, je ne sais pas ma chérie, je voulais gagner du temps. » Regard suspicieux. Mais évidemment les choses se compliquent. Car c’est le jour que choisit votre enfant pour avoir besoin d’aller aux toilettes avant de partir, ne plus retrouver sa deuxième chaussure, vouloir enfiler sa veste tout seul… Je vous rappelle que nous sommes dans le vestiaire d’une crèche. Lieu où la température est agréablement maintenue à plus de 21°. Je commence à sentir la chaleur monter sous mon casque et à éprouver comme un léger malaise. J’ouvre ma veste, dénoue mon écharpe –nous sommes en plein mois de novembre –… mais me sens obligée de conserver mon casque. 12 minutes plus tard, nous sortons. Joues écarlates mais casque toujours en place. Urgent besoin d’air. Elan nerveux, j’arrache mon masque, mais point mon mon casque. Plus jamais… oh non, plus jamais.
Deuxième session, chez le boulanger. Oui, je sais. J’avais dit « plus jamais ». Mais tout bon scientifique ne se doit-il pas de mener plusieurs fois ses expériences s’il souhaite voir ses conclusions validées? Donc la boulangerie. C’est un fait, je dois gagner … aller… 4 secondes à l’arrivée et 10 lorsque je repars. L’attache du casque sous le menton étant toujours plus fastidieuse que son ouverture. Lorsque j’arrive devant le présentoir, je me sens tel un champignon. Mais aller, ravalons notre égo, après tout, je ne suis pas là pour plaire. Puis soudain rappel à l’ordre. Le masque. Ah oui, je l’avais oublié celui-là. Je pars à sa recherche au fond ma poche. Évidemment, en voulant l’en extraire, je fais tomber mes gants, car oui, eux, je les avais tout de même retirés. Puis s’en suit la minute, voire même les minutes les plus longues de ma vie. Entre sangle du casque et bonnet – nous sommes toujours au mois de novembre-, allez chercher votre oreille pour lui glisser le petit élastique du masque ! Oui… non… Ah, là, ça y est… Oui, j’y suis ! Cette fois-ci c’est à Simplet que je dois ressembler. Mon orgueil en prend un sacré coup. Trois minutes plus tard, baguette dans le sac. Sac sur le dos. Urgent besoin d’air. Rire nerveux, j’arrache mon masque. Belle leçon d’humilité, mais cette fois-ci, vraiment, plus jamais.
Alors voilà. Si désormais je retire mon casque, ce n’est pas par vanité, je vous l’assure, mais bel et bien par praticité. Car au final, les 14 secondes gagnées, en conservant mon casque, ont bel bien été consommées, pour retrouver la face.
Décidément, je ne comprendrai jamais les hommes !

Rédigée dans sa version originale le 10 novembre 2020.

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