#chasse

Nous sommes en automne. Les arbres ont revêtu leurs plus belles couleurs. Jaunes, oranges ou rouges, les feuilles sont flamboyantes. Mais elles ne sont pas les seules à s’être vêtues de couleurs vives.

Tapis de feuilles. L’automne offre vraiment de magnifiques tableaux.

Je me souviens, enfant, de ce fusil, sa cartouchière et la besace, pendus sur le portemanteau de l’entrée. Nous sommes chez mon oncle, à Désaignes, petit village du nord ardéchois, terre natale de mon papa. Au menu de ce dimanche, un civet. Pour ceux qui ne connaissent pas ce met, il s’agit d’un ragoût de viande, cuit dans le sang de l’animal. Ragoûtant pour mon jeune âge. Mais ma tante a pensé à tout. Je me rabat goulument sur la poêlée de « trifolles » – nom local donné aux petites pommes de terres grenailles –, délicieusement sautées dans un mélange d’ail et de persil. Je ne manquerai pas de me servir en salade, inévitablement relevée à « l’huile de chou ». Autre nom local donné à une huile de colza grillé. A ce jour, j’ignore encore l’étendue exacte des frontières de cette spécialité , mais je doute fort qu’il soit possible de s’en procurer ailleurs qu’en Ardèche. C’est un goût un peu fort pour les novices, mais proche de la noisette. Un régal. Viendra ensuite l’inimitable gâteau au vin blanc dont seule ma tante tient encore le secret.

La chasse avait alors pour moi un goût amer, celui de l’incompréhension face à mon manque d’érudition. Aujourd’hui pourtant, grâce au récit d’un ami, je viens de la (re)découvrir.

Le récit amoureux de sa rencontre avec la faune et la flore, vient de me propulser en pleine battue. J’en découvre alors, graduellement et proportionnellement à son propre parcours – sa découverte pour cette nouvelle vocation est récente – ses règles, ses lois et force est de constater, son immense respect de la nature et de la vie qui l’habite. Une partie de chasse n’est en effet pas une simple partie de tirs, déséquilibrée telle que l’on aime se l’imaginer, entre des chasseurs et un pauvre animal traqué. Non. Je découvre une sorte de voyage, une quête initiatique. Il faut tout d’abord repérer. Chercher les traces: empruntes fraîches, poils égarés, écorce marquée, bauge, feuilles broutées, poils égarés. Une fois l’animal débusqué, encore faut-il l’identifier: jeune mâle, femelle portante, petits… Ne pas se tromper. Oui, la chasse est non seulement respectueuse mais aussi garante de l’équilibre naturel. Puis vient l’heure de la stratégie. Chiens, rabatteurs, tireurs. Chacun sa place, chacun son rôle. Une première règle: un animal, un tir. Laisser sa chance, au chasseur comme à l’animal. Le coup a été porté, mais l’animal s’en est allé. Autre règle: s’assurer que la bête en fuite n’est pas blessée. Si tel est le cas – traces de sang- il faut la retrouver. La souffrance ne fait pas partie de la chasse. Enfin, tout sera noté, consigné, et le garde-chasse ainsi informé des moindres détail de ce qui s’est passé.

Vient alors l’heure de la pause déjeuner. Là non plus, rien n’est improvisé. Bancs et tables sont rapidement dressés, près d’une clairière, à l’orée de la forêt. Là encore, chacun son rôle, chacun sa tâche. Tous ont apporté quelque chose. Il ne s’agit pas d’un simple casse-croûte mais d’un repas digne d’une table d’hôte. Saucisses de veau artisanales en entrée. Foi de sanglier sauce groseille pour continuer. On a également pensé à l’eau pour se désaltérer ainsi qu’au vin pour magnifier le palet. Les chiens sont épuisés. Quant aux chasseurs, ils repassent le fil de la mâtinée.

De là à dire que j’aime désormais la chasse, il ne faudrait tout de même pas exagérer. Disons que je vois maintenant les choses différemment. L’ignorance porte trop souvent au jugement hâtif. S’intéresser permet d’apprendre. Apprendre aide à comprendre.

La prochaine fois que je verrai mon oncle, je pourrai engager la conversation avec un nouveau regard, celui d’une adulte qui s’interroge. M’intéresser à sa passion, lui poser des questions. Son regard s’illuminera et je lui offrirai, l’espace d’un instant, un quart d’heure d’humanité, dont j’ai sans doute autrefois manqué.

Laisser un commentaire