J’ai faim ! Non, ce n’est pas le cri d’un enfant affamé. C’est le mien. Le votre peut-être aussi. Et celui-là, il est encore bien pire, parce que généralement on ne l’exprime pas. Pourtant, il est tout aussi dangereux, sinon davantage. Pourquoi ? Parce que la faim renvoie à un réflex que les scientifiques qualifient de reptilien, à savoir un réflexe de survie. Alors tout de suite on s’imagine transformé.e en gros serpent vert, style alligator, saisissant au cou une gentille gazelle venue tranquillement se désaltérer au bord d’une gouille marécageuse. Pas beau à voir. Âmes sensibles, s’abstenir. Je n’ai jamais très bien compris cette référence soudaine au monde des reptiles… Notre espèce n’est-elle pas ordinairement classée sous le règne des mammifères ? Curieuse analogie. Cependant, je dois l’avouer, plutôt efficace si l’on souhaite avoir recours à l’imaginaire.

J’ai faim. Et c’est toute ma physiologie qui s’en voit bouleversée. Soudain, je deviens impatiente, agressive, et surtout incapable de prendre une quelconque décision. D’ailleurs, un conseil : n’allez jamais faire du shopping le ventre vide ! Le résultat est catastrophique. Chandail à la couleur improbable que vous ne porterez jamais. Nouvelle paire de bottes noires qui sera la troisième à rejoindre votre armoire car, par amnésie soudaine, vous aviez oublié déjà en posséder. Ou encore magnifique sac à main en vinyle vert, parce que tout à coup, vous avez cru pouvoir l’assumer. Non, vraiment, évitez le shopping le ventre vide.
J’ai faim. Tiens, il faudrait peut-être que je me replonge dans les livres d’Amélie Nothomb. Que disait-elle à ce sujet ? « La faim, c’est moi. ». Elle parvenait même, semble-t-il, à jouer de ce sentiment jusqu’ à y trouver un certain plaisir. Non mais ça frôle le sadomasochisme ! Non merci. Et Giulia Enders, qu’en pense-t-elle ? Une histoire de deuxième cerveau qui habite notre ventre ? Trop intellectuel pour moi, surtout dans cet état second dans lequel me plonge cette faim.
J’ai faim ! Mais bon sang, pourquoi cette sensation surgit-elle aussi violemment ? J’ai pourtant déjeuné. Il est à peine onze heures. Je n’ai pas couru de marathon. Ai-je froid ? Et si je buvais quelque chose ? Ah non, j’ai trop faim, j’y vais… tant pis. Si la fin justifie les moyens, cette faim-là aura eu raison des miens. J’en reste là. Désolée, il n’y aura pas de mot pour la fin.
Rédigée dans sa version originale le 12 novembre 2020
🤣🤣🤣 Même étonnement, et une question : où trouvent-elles de quoi s’acheter autant de produits plus chers les uns que…
As-tu repris ta plume chère Marianne ? c’est bien, je suis ravi de te lire. Bien amicalement Claude
Intéressante la traduction de la déception en recette culinaire universelle sous un ciel d’Armorique.
assez drôle, j’en conviens. Bien à toi Claude
Volontiers! Dis-moi quand tu viens et je te prépare une dégustation!

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